Traduction frTraduction gbTraduction es

La conservation

Conservation ou libertés conditionnelles

 

C'est énervant !


Je ne sais pas si beaucoup d'entre vous partageront cet avis mais l'expérience que je possède en matière de Sciences Naturelles depuis 45 ans tant d'un point de vue de passionné d'oiseaux que de professionnel de la plante, me laisse perplexe quant au niveau moyen de connaissances de mes contemporains dans ce domaine et notamment parmi les jeunes générations. Les mots écologie, défense de l'environnement, protection de la nature ou autre disparition des espèces sont tellement à la mode électorale et si facilement dans la bouche du citadin enfermé dans un monde si éloigné de la nature qu'il en oublie que ses connaissances sont bien souvent réduites à de vagues souvenirs scolaires, vous savez, ceux qui 20 ans après ne vous permettent pas de vous rappeler du rôle de la chlorophylle ni même pourquoi les vaches ruminent. Alors que sait-il de la diversité génétique des populations ou des interactions qui les régissent ? Pourtant sous l'influence de mouvements plus ou moins politisés et relayés par les médias sous une apparente légitimité, ce même citoyen fera sienne l'opinion que l'on aura pris soin de lui marteler à chaque évènement de l'actualité.


Il sera contre le nucléaire et pour une agriculture bio, contre le réchauffement de la planète et pour les énergies renouvelables, contre la détention d'oiseaux en cage et pour la réintroduction du loup alors qu'il travaille chez EDF, râle parce que les tomates bio sont chères, prend sa voiture pour aller au boulot, signe une pétition pour empêcher l'implantation de éoliennes dans son village, amène ses enfants au zoo pour leur montrer la nature et s'oppose à un élevage de bisons destiné à sauver l'espèce. Voilà l'incohérence et l'intolérance quasi religieuse de l'écolo moyen qui, par son militantisme exacerbé, est à la source de lois qui finissent par produire le contraire de ce pourquoi elles sont votées. C'est souvent parce que le problème de départ était mal posé et parce qu'une intelligentsia administrative favorise délibérément les opinions que nous devons tous avoir pour mieux contrôler ce qu'on fait et pense. Il faut rentrer dans le moule !


Dans l'absolu, le véritable écolo devrait donc être totalement végétarien parce qu'initialement les animaux dits domestiques n'auraient jamais dû l'être parce qu'avant ça et c'est une évidence, ils étaient sauvages ; et encore il faudrait qu'il ne mange que les plantes dans leur état originel puisque c'est mal vu de sélectionner les plantes pour conserver les mutations que la "nature" élimine. Non ne croyez pas que je délire ! J'ai souvent entendu qu'il valait mieux laisser une espèce s'éteindre dignement dans la nature plutôt que d'essayer de la sauver par la culture ou l'élevage. Et ces mêmes personnes de se féliciter de la réintroduction artificielle des ours dans les Pyrénées ou du vautour fauve dans les Cévennes qu'ils iront essayer d'apercevoir pendant leurs vacances. Pourtant l'ours n'est plus des Pyrénées puisqu'il vient de Slovénie et qu'en serait-il des vautours s'ils ne provenaient d'un élevage de réintroduction ? Et je ne parle que d'actions hexagonales. Pourquoi dans la lançée ne pas réintroduire le loup en forêt de Fontainebleau car c'était aussi sa place dans le passé ?

 

Trop d'interdits inappropriés


La nature n'appartient à personne mais nous avons le devoir de gérer ses ressources afin d'en avoir tous la jouissance et pour ce faire, tous les moyens qui vont dans ce sens sont louables. On n'a pas le droit sous la pression d'arguments philosophiques strictement antropomorphiques de vous considérer moins écologiste parce que vous élevez des oiseaux ou cultivez des espèces pour éviter leur disparition. Si au lieu d'interdire tout et n'importe quoi on commençait par autoriser et aider les initiatives conservatoires, si on commençait par abolir les idées toutes faites, si on commençait à étudier quelles sont les meilleures solutions pour favoriser la conservation efficace de la diversité génétique sur notre territoire, si on commençait à réunir et à écouter tous les acteurs avant d'interdire de façon autoritaire afin de donner plus de place au dialogue plutôt qu'à d'autres lois encore plus rigides qui asservissent toujours plus ceux qui se battent pour élever le niveau des ressources biologiques en France ; il y a une telle pléthore d'interdits qu'il est impossible de tous les connaître mais on ne manquera pas de vous punir pour cela. Mais ces valeurs sont si peu électoralistes ! J'en ai assez qu'on me dise ce que je dois faire et penser et qu'on décide à ma place de l'appeler bien ou mal ; s'il vous plaît, arrêtez d'opposer délibérément les gens entre-eux pour maintenir votre fond de commerce, rendez-moi ma liberté, c'est pour elle que j'ai lutté en 1789 mais tout est à refaire !

 

Recherche bon sens désespérément


Chacun y va de son opinion à propos de la protection de la nature et de la disparition des espèces avec bien souvent des discours utopistes car soyons clairs : qui est capable d'empêcher la sur-exploitation des forêts ou des tourbières dans le monde en face des intérêts économiques ? Qui se propose de protéger efficacement les espaces naturels des pays pauvres en aidant financièrement les populations locales ? On protège par interdits dans nos pays pour se donner bonne conscience mais on laisse ailleurs l'industrie détruire sans contraintes. On vous interdit d'élever grives et merles noirs sous prétexte qu'ils sont indigènes de notre faune mais on autorise la chasse de milliers de ces oiseaux partout en Europe. Et que dire alors des hécatombes sur nos routes d'oiseaux pourtant protégés ? Il en meurt plus chaque année en France que le potentiel d'oiseaux indigènes élevés dans toute l'Europe. Ou encore que dire du désastre écologique sur l'avifaune de nos grandes plaines céréalières ? N'avez-vous pas remarqué que les interdits concernent essentiellement les oiseaux indigènes ? Pourquoi n'y a-t-il pas de contrainte sur les insectes ou les petits mammifères de notre faune ? Parce que les oiseaux possèdent un solide lobby qui fait défaut aux autres groupes. Bien sûr qu'il faut protéger mais pas aux dépens de la conservation, c'est incohérent parce que le report se fait sur des espèces menacées qui elles sont réellement menacées. Mais qu'on se rassure elle ne sont pas de notre faune ! Cherchons donc ensemble des solutions qui profitent à la diversité et finissons la guerre des lobbies : l'homme a de tous temps cherché à domestiquer les animaux et à cultiver les plantes pourquoi s'y opposer maintenant en freinant et en empêchant la création de souches domestiques ?


Pour continuer la litanie, on vous interdit d'élever librement les cacatoes que les australiens abattent par milliers, on interdit la culture de plantes protégées mais on autorise leur destruction sur les sites d'origine : sous les tropiques, chaque fois qu'un arbre est abattu c'est avec lui des dizaines d'autres espèces animales et végétales qui sont détruites dont certaines sont protégées voire même encore inconnues. Mais vous n'avez pas le droit de les cultiver ! Ailleurs on condamne les diffuseurs de semences de variétés anciennes cultivées depuis des siècles sous la pression de lobbies industriels qui veulent asservir l'agriculture mondiale à leurs intérêts quand les politiciens se gargarisent de discours sur la protection de la biodiversité. Que d'hypocrisie et de mensonges ! Il y avait la disparition des espèces par sur-exploitation humaine il y a désormais la disparition par ineptie.


On parle donc beaucoup de protection mais pratiquement jamais de conservation, la seule solution capable de pallier les destructions irréversibles que l'on ne maîtrise pas dans la nature. Personne ne peut imaginer ce qui sera possible dans 30 ou 50 ans en matière de génétique et peut être on regrettera de ne pas avoir conservé les espèces sauvages qui auraient pu l'être faute de les avoir protégées dans leur milieu naturel. Personnellement je suis de ceux qui pensent qu'une espèce conservée vaut mieux que plus d'espèce du tout ! Alors je me plais à rêver qu'enfin la France, au lieu de toujours vouloir mieux faire que les autres dans la répression et le légalisme, devient le pays de l'innovation en matière de conservation en favorisant et en organisant efficacement le travail et les connaissances de tous ceux qui œuvrent pour le véritable maintien de la diversitité biologique.

 

Des pistes à explorer


Bien sûr il n'est pas question ici de se montrer exhaustif quant à la recherche de solutions qui se substitueraient à un véritable travail de groupe où se mettraient autour d'une table non seulement les représentants de toutes les associations qui militent pour la conservation végétales et animales mais aussi des hommes politiques et le Ministère de l'Environnement. Si a priori la conservation végétale s'organise autour des Conservatoires botaniques nationaux (qui n'ont de nationaux que le nom) et des jardins botaniques et bien que la multiplication des espèces protégées ne soit pas encore organisée efficacement, il existe au moins un support et des compétences institutionnelles qui sont totalement absents dans la conservation animale des espèces sauvages puisque le bureau des ressources génétiques (BRG) ne gère que la conservation des races domestiques.

 

Démontrons notre crédibilité


Actuellement, au niveau des espèces rares en élevage (je ne parle pas des oiseaux bien implantés en captivité), les structures sont toutes du domaine privé et fonctionnent dans la plus grande anarchie dans le sens où il n'existe aucune organisation de coordination, ni institutionnelle ni même associative. Sont exclus de ce constat les parcs zoologiques qui travaillent à des programmes internationaux et qui concerne principalement des espèces pour lesquelles eux seuls possèdent les infrastructures et les autorisations ad hoc mais cela reste du privé. Je parle plutôt ici d'espèces qui souvent n'intéressent pas grand monde ou qui sont seulement accessibles aux éleveurs confirmés (exemple de la Colombe de Bartlett citée plus haut). Ainsi, chaque éleveur est indépendant c'est à dire qu'il n'est pas impliqué dans un réseau de gestion génétique des souches captives et qu'il ne se préoccupe pas de la pérennisation du patrimoine qu'il a généré : aucun inventaire national et aucune cession suivie. Or c'est très dommage de se priver des compétences et de la logistique que représente potentiellement chaque éleveur (ou chaque pépinière spécialisées pour les plantes) et qui ainsi ne coûterait rien à la collectivité (çà c'est à destination des politiques). On pourrait alors envisager l'organisation de base suivante :
 
  • L'ouverture d'un livre pour chaque espèce concernant les résultats des élevages,
  • La gestion des reproducteurs pour favoriser le brassage génétique,
  • L'étude d'un programme de réintroduction si c'est possible et nécessaire,
  • La création d'un agrément national officiel pour l'élevage (ou la culture) concerné,
  • Le soutien administratif et sanitaire des pouvoirs publics et
  • La fin de la suspicion malsaine.
Je sais, cela semble bien utopiste mais en tous cas ce serait bien d'essayer parce qu'à terme, grâce à une communication sur ce genre d'action il serait possible de chercher des financements par l'intermédiaire de parrainages et de dons puisque tout le monde est concerné. Ainsi il deviendrait possible d'aider financièrement le réseau et pourquoi pas de créer avec le statut de fondation, des centres d'élevages spécialisés au profit du sauvetage des espèces menacées d'extinction à court terme alors qu'on sait très bien les élever. Ces centres pourraient être créés sur le modèle unique du Loro Parque aux Canaries et qui est d'une très grande éfficacité dans la conservation des perroquets puisqu'il met sur le marché mondial des individus qui rend la capture d'oiseaux sauvages peu ou pas lucrative. Pourquoi ne pas s'en inspirer aussi pour la faune indigène permettant une fois pour toute la création de souche domestique ? Le contrôle n'en serait d'ailleurs que plus simple car il est facile de faire la différence entre un sujet d'élevage et un sujet capturé.

 

L'exemple des Colombes terrestres


Je ne prendrais qu'un seul exemple simple, le genre Gallicolumba, colombes terrestres endémiques d'Indonésie et du Pacifique. Ce genre comprend actuellement 18 espèces, je dis actuellement car 11 d'entre elles sont ou sont en passe d'être en voie d'extinction si rien n'est entrepris et bien qu'aucune de ces espèces ne figure sur des listes officielles de protection. De toute façon la protection sur site est illusoire puisque les causes sont bien sûr le résultat des activités humaines conjuguées à l'introduction des chats et des rats. Le sauvetage de ces magnifiques espèces ne pourrait se faire que par le développement de l'élevage géré par un centre officiel et ce ne sont pas les pays d'origine qui auront les moyens de le faire. Mais il est trop évident que ce genre de bestiole n'est pas aussi médiatique que le massacre des grands mammifères et de ce fait un tel programme ne recevra jamais le financement et les autorisations pour exister sur des espaces déjà restreints. Des dizaines d'exemples de ce types pourraient être pris rien que dans le monde des oiseaux. A cause des guerres à répétition en Indochine, la plupart des espèces de faisans sont en voie de disparition mais si celles-ci ne sont pas directement menacées c'est grâce à l'élevage pratiqués depuis des décennies. Inspirons-nous alors de la réintroduction du cheval de Przewalski grâce à un élevage effectué en France.
 
 
 

Justement parlons finances


Comme dans le cas d'une pépinière de collection, c'est avant tout la passion qui conduit à élever des oiseaux ou tout autres bestioles et ce n'est pas toujours très lucratif bien au contraire. Or si, comme certains extrémistes le préconisent, la loi supprimait les élevages d'agrément c'est toute une filière économique qui s'effondrerait et avec elle la perte de centaines d'emplois dans les laboratoires spécialisés mais surtout dans l'industrie du grillage et dans la graineterie. Pensez un peu aux tonnes de céréales et graines en tous genres consommées par les volatiles. Je signale au passage que l'Etat n'hésite pas à prendre sa part du gâteau car si la TVA est de 5,5% sur les graines elle passe à 19,6% dès que celles-ci sont vendues dans des mélanges ce qui représente la majorité des achats des petits éleveurs ! Mais hélas quel dommage que cette filière ne soit pas du tout organisée pour permettre le développement administratif des élevages et s'ouvrir à des programmes conservatoires : il serait temps d'y penser en commençant par regrouper tout les acteurs autour d'une table.


Mais alors pourquoi ces centres d'élevages et de cultures ne donneraient-ils pas matière à séduire des sponsors ? Le thème de l'écologie est en vogue et l'initiative porteuse au niveau de l'image de marque qu'elle véhicule. Pourquoi ne proposeraient-ils pas un support pour permettre à des particuliers fortunés de parrainer le sauvetage d'une espèce ? Le monde végétal est nettement plus en avance que la zoologie et nous faisons de notre mieux pour favoriser la conservation et ce n'est malheureusement pas très facile en France. Alors si vous avez des idées de solutions dans ce domaine n'hésitez pas à nous les communiquer.