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Spiraea ou spirées

    Les spirées;

Aspirations du jardin de la Presle et des pépinières Brochet lanvin     


La collection de spirées (Spiraea ) au jardin de la Presle :
 

   Dans les années 70, les jardins étaient plantés de végétaux d’ornement issus de la toute nouvelle et donc balbutiante culture « en container ».  

Résultat : une palette similaire à celle de la gastronomie en sortie de guerre.

                                 

                                        
                                                                  Spirée 'Magnum Rosé'

Au menu :
Sapin bleu,
Forsythia,
Rosiers ‘Lilly Marleen’,
Cornouiller panaché et....

 

Spirée ‘Van Houttei’

 


Hé oui !
Au néolithique déjà,
existait la spirée ou
plutôt les spirées puisque
la Spirée x bumalda ( japonica) ‘Anthony Waterer’ sévissait aussi.












Le « floraisse », ouvrage de référence horticole des années 70 sur les arbustes à fleurs, devenu plus tard floraprint puis horticolor, présentait tout de même 8 Taxons ou variétés soit en plus des  2 suscités : 

 

               Spiraea x arguta

               

 

 et
 Spiraea thumbergii, Spiraea prunifolia ‘Plena’

Spiraea japonica ‘Bullata’, Spiraea douglasii et Spiraea x billiardii ‘Triumphans’.


L’horticolor en présente maintenant 11 pas tout à fait identiques prouvant que les modes évoluent un peu mais que l’élargissement de la gamme reste encore limité 
 

Notre spirée ‘Van Houttei’

obtenu par Briot en 1860 puis répandu par Billiard à Fontenay aux Roses puis Van Houtte en Belgique est une ambassadrice de charme et de grande valeur pour présenter toute la beauté et la fiabilité du genre Spiraea.

Cette « Van Houttei » est l’hybride de :

 

Spiraea trilobata 

 du nord de l’Asie
 

et de Spiraea cantoniensis

bien plus méridional.

Ces introductions, asiatiques surtout, firent écrire à Simon Louis, fameux pépiniériste messin collègue des Lemoine, que ce gente était le plus vaste parmi les arbustes à fleurs.

Pas étonnant qu’à la Presle, nous soyons en tant que pépiniéristes élargisseurs de gamme, tombés sous le charme de ces spirées de la même façon que pour les saules, autre genre XXL des ligneux des climats du nord et de l’est de l’Europe.

On remarquera que tout deux sont liés par l’aspirine dont le nom est dû à la spirée ulmaire et la molécule à l’acide salicylique du saule.

 
 
    1.Ouvrons la page botanique :
 

          Les spirées; classification, botanique.

Etymologie :

Le nom Spiraea vient du grec speira qui signifie guirlande, arbuste flexible.

 
Son nom anglais « bridal wreath » veut dire couronne de la mariée et donne une idée du potentiel tout de souplesse et de blancheur mélangé.
 

 
Phylogénie : notre spirée est une rosacée et a donné son nom à la sous famille des Spiraeoideae aux graines ailées comprenant quatre tribus d'arbustes ligneux :
  1. les Exochordaceae et le genre
    Exochorda avec

    Exochorda ‘The Bride »

    c’est à dire « La fiancée » reste imprégné d’ambiance nuptiale.
 
     2. les Sorbariae avec:

  Sorbaria kirilovii altaica           
         
 

                                                                      Chamaebatiaria millefolium
 

 


 
















 
     

 



3. les Holodisceae avec

 

                              Holodiscus discolor


   
4. les Spiraeae comprenant les plus proches cousines de nos spirées c'est-à-dire en plus de Spiraea les genres voisins les plus courants : Sibiraea 2 espèces dont l’étrange endémique altai-croate illustée ci dessous,  le genre
Petrophytum avec 3 espèces nord américaines appréciant les terrains bien drainés et Stephanandra avec 4 espèces d’extrême orient dont:
 

                          Stephanandra tanakae 


  

                                      

              









 

 




et Neillia avec 10 espèces de Chine et des environs dont                   

                                                                                             Neillia affinis

 
















Les genres Physocarpus dont le (trop) connu 'Red Robin' avec 10 espèces du Nord de l’Amérique et Nord Est Asie et Sorbaria ( ilustré ci dessus)  4 espèces de l’Est Asie sont si proches qu’encore qualifiés de spirées dans de vieux manuels.

           
D’autres genres plus confidentiels existent et permettent de nouvelles introductions possibles mais ne sont souvent que des synonymes désuets :
Drimopogon (Spiraea douglasii), Elerosinia (voir Spiraea salicifolia et trilobata),  Eryoginia, Kelseya et Luetkea voisins et synonymes, Gillenia stipulata ou ipecuanha, Chamebatia et Chamaebatiaria voisins, Sericotheca ( Holodiscus), Spiraeanthus, Schizonotus ( Sorbaria lindleyana), Thecanisia (Spiraea lobata), Vauquelinia ( Spiraea californica ) et Xerospiraea .
 
On notera que ces synonymies ont longtemps inclus les reines des prés Filipendula, de la tribu ulmariae et barbe de bouc Aruncus qui étaient appelées aussi spirées herbacées telles à l’inverse chez les scrofulariacées, ces Hebe encore souvent appelées véroniques (Veronica) arbustives.

 
 

       2. Distribution, origine des spirées .
 

 On a identifié entre 70 à 90 espèces de spirées originaires de l’hémisphère Nord c'est-à-dire au nord du Mexique et de l’Himalaya. Elles sont réparties en 3 groupes ou sections :
 

1/ Les spirées de la section Chamaedryon
 

regroupant les espèces de spirées à floraison blanche printanière en grappe  ( étamines saillantes en pelotes d'épingles) ou autre groupe mais pas en corymbes : il s’agit par exemple de Spiraea x arguta ( illustré ci dessus),
 

        Spiraea chamaedryfolia,




 

Spiraea crenata,
Spiraea hypericifolia

(illustré cidessous),
 

                                                                           Spiraea prunifolia ‘Plena’


 


, Spiraea thunbergii, Spiraea x Van Houttei

 
et quelques européennes de l’est :

 

Spiraea lancifolia

 
et Spiraea decumbens.


Les spirées de la section chamedryon sont eurasiatiques et souvent calcitolérantes, hormis la japonaise

Spiraea thunbergii.

 

2/ Les spirées de la section Calospira (belle spirée)

à corymbes blancs ou roses en fin de printemps- été 
On y trouve les spirées les plus attachantes dont une de nos préférées Spiraea fritschiana, à la nomenclature un peu obscure : 
 

Spiraea fritschiana

                            Spiraea bella                     
 

                                                                                                     
                                                                                       Spiraea betulifolia

                                                      
 

                 Spiraea corymbosa


,Spiraea x bumalda, Spiraea japonica

de tolérance variable et moyenne au calcaire et asiatiques bien que Spiraea betulifolia soit présente aussi en Amérique du Nord.
 

3/ Les spirées de la section Spiraria

 de floraison rose ou blanche en été, en majorité nord américaines et plutôt calcifuges avec 

                             

                           Spiraea latifolia

                     


  Spiraea alba, Spiraea x billardii et
 Spiraea salicifolia
(eurasiatique).
 
 

  3. La collection de spirées de la Presle :

 
La séduction du genre Spiraea s’est rapidement traduite par la volonté de posséder, en tout cas, de cultiver de plus en plus de spirées et s’est exprimée notamment par la demande faite dans les années 80 à Mr Beaujean , responsable des cultures du jardin botanique de Liège, de nous fournir des graines de ce vaste genre.

  

Non content de nous fournir ce que son jardin pouvait nous procurer, Mr Beaujean éplucha avec patience l’ensemble des index seminum mis à sa disposition pour, envoi après envoi, nous faire parvenir de précieuses graines émanant de toute l’Eurasie c'est-à-dire d’Archangelsk, Moscou, Tashkent, Pékin, Shangai, Canton, Vladivostock…
Autant de collègues et leurs si utiles collectes destinées à initier ce qui allait devenir ainsi la collection CCVS de spirées qui comportait à sa labellisation, en 1995, 83 taxons.
 

Celle-ci en comporte maintenant plus du double dont une tentaine de sélections ou plutôt d'observations maison qui sont le fait du hasard des semis, de l’hétérogénéité des levées due à des récoltes souvent effectuées à l’intérieur des jardins et incluant des phénomènes d’hybridations.
 
 

 

4.Introductions des spirées au jardin de la Presle:

 
Ces hybridations, plus ou moins fréquentes et identifiables, limitent la valeur botanique du
travail de ces jardins, conservatoires ou collections botaniques. 
C’est évidemment dans sa station d’origine naturelle qu’on peut bien connaître et identifier une espèce botanique d’où, très rapidement, pour quelque conservateur de collections d’espèces vivantes que ce soit, l’obligation et l’envie, bref, la nécessité de voyager, de prendre l’avion, de trouver des financements, du temps et de retrouver quelquefois un peu le contexte d’expéditions d’il y a un siècle ou plus.

 

1/ Premières rencontres de spirées en Asie Centrale :

 

Ne possédant, au statut de subspontané, dans l’est de l’hexagone que:
 

                                                                                       Spiraea hypericifolia

 

 











,il nous fallait sortir de nos frontières et envisager un voyage botanique qui allait se dérouler, sur le conseil du chasseur de plantes Martin Ryx, en Asie centrale.
 
C’est donc en 1998 qu’avec des collègues de l’ASPECO ( Association des pépiniéristes collectionneurs), nous partîmes dans le Tian Shan, de Taskent en Oubekistan à Almaty au Kazakstan, où nous pûmes rencontrer nos premières spirées indigènes : 
 

 Spiraea hypericifolia , Spiraea crenata, Spiraea chamaedryfolia ...

notamment pour des récoltes de graines,
 

                             Récoltes de graines de spirées au Kirghistan
 

 
 , récoltes aussi de photos, d’herbier puis prise de contacts avec les botanistes de Taskent et plus particulièrement avec ce génial personnage qu’est le professeur Russanov, jardinier généticien créateur de plantes telles que :  

x Chitalpa taskentensis    

hybride issu du croisement intergénérique entre les deux nord américains Catalpa bignonoides et Chilopsis linearis.
Ce travail de dissident malicieux réalisé au temps de la guerre froide, fut subtilisé par valise diplomatique via les accords Soliouz et déposé à la société Monrovia en Californie pour voir notre Chitalpa revenir, 25 plus tard, sur le continent eurasiatique distribués par centaines chez les marchands de plantes.

Que seraient les collections sans ces esprits ouverts et leurs grains de folie ?
Que serait la recherche sans ce travail préservé, au moins un temps, du court terme et de ses aspects financiers ?

Grâce à l’Aspeco, nous pûmes inviter en France en 2000 ce « prof. Tournesolov » à découvrir sa plante, notre Europe de l’ouest et surtout nos activités botaniques variées ; Aspeco, St Jean de Beauregard, Museum d'Histoire Naturelle…et signer une convention d’échanges qui nous laissait espérer de beaux résultats ne serait-ce que de profiter de l’immense travail d’hybridation menée par Russanov sur l’ensemble des rosiers eurasiatiques.

 

2/ Spirées d'Europe     :

 
Il n’est pas nécessaire d’aller très loin en Asie pour rencontrer des spirées dans la nature.
En voie d’installation dans les Vosges, Spiraea douglasii inquiète un peu par son adaptation et son dynamisme les botanistes locaux qui la classeraient volontiers invasive, un comble pour cette plante peu cultivable ici car réfractaire à nos terres calcaires.

Plus local et surtout plus indigène, on peut dés l’Italie, à l’est des Alpes, rencontrer

Spiraea chamaedryfolia ou Spiraea decumbens ou
Spiraea cana

que nous pûmes trouver dans les Mts Biokovo en Croatie tout en haut de cette splendide route qui mène au MT St Juré à plus 1700m juste au dessus de l'Adriatique.

Nous avons eu la chance de photographier un peu plus au nord dans les Mts Velebit

Sibiraea altaiensis var croatica 

cette endémique croate si proche botaniquement et pourtant si éloigné géographiquement de sa sœur de l’Altai et appelé maintenant :

                                                                              Sibiraea laevigata





 






 



 

Le statut de Spireae salicifolia

semble, partagé entre le SE de l’Europe et l’est de l’Asie, un peu analogue.
 

3/ Diverses sources de spirées:

 
Les grands arboreta nationaux comme  Nogent sur Vernisson ou Chèvreloup présentent un potentiel intéressant pour les dendrologues ou autres amateurs d’arbustes.
Les spirées drageonnent et s’y ressèment pour le plus grand malheur du botaniste qui y perd un peu son latin.
Ce type de collection de plantes drageonnantes et autogames, et se resemant donc, nécessite des déménagements périodiques qui viennent encore en compliquer la gestion.
 
Des introductions peuvent être aussi le fait de « commis voyageurs » dotés d’une bonne compétence car il leur faut être capable d’identifier au moins le genre sans la présence de fleurs et quelquefois de feuilles.
Nous avons pu bénéficier de collectes ainsi réalisées aux USA.
Ces relais sont souvent des bénévoles très avertis ou des botanistes semi professionnels.
Ils sont aussi le fait de sociétés d’horticulture qui, dans leur catalogue annuel de distribution de graines, présentent un réel potentiel d’introductions dont les résultats dus à des origines et des identifications quelquefois douteuses doivent être soigneusement contrôlés.
 
Ces introductions sont aussi le fait de véritables collecteurs professionnels dont les catalogues indiquant nom et origine de la récolte sont souvent de grand intérêt.
Nous avons ainsi pu utiliser le service de botanistes américains pour des collectes dans l’ouest et les Rocheuses ou de petites sociétés tchèques qui sévissent sur une bonne partie de l’Asie proche ou centrale.
 
Les échanges entre collectionneurs passionnés, professionnels ou non, sont évidemment l’un des meilleurs moyens de faire progresser nos collections.  
Les journées de rencontres comme anciennement Courson et d’autres lieux et moments plus confidentiels sont bien évidemment le théâtre de ces échanges tel ce moment sur le stand du bien connu des amateurs de plantes, Dr Simon, en compagnie d’un mécène non moins connu du CCVS et ABPF qui par volonté d’introductions dans notre hexagone me soulagea de la facture de petits trésors.
 
C’est un peu au hasard de ces voyages, collectes et surtout contacts : Mrs Beaujean, Russanov et plus récemment Mr Marquardt que s’améliorent ces collections végétales.
Mr Marquardt est l’ancien responsable de culture du Jardin Botanique de Berlin.
C’est un francophile dont la connaissance des plantes de son ancien domaine et notamment des introductions issues de nature grâce aux meilleurs spécialistes allemands et lorrains du XX ème siècle et dont la grande ouverture de cœur et d’esprit nous a permis de valider certaines de nos introductions dans notre jardin et d’en initier d’autres.
 
4/  En conclusion :
 
Conservation botanique mais aussi petites et grandes histoires, techniques variées, passion et travail humain ; voila de quoi il s’agit quand on nourrit ou quand on évalue une collection.
 
Une des grandes aventures de la collection de spirées de la Presle, ce fut ce « Courson un peu fou » où les dieux de la pluie, de la fertilité et du commerce des bottes

se sont ligués pour arroser le lancement de notre spirée « 51 » issu du potentiel de Spiraea japonica var fortunei et peut être de Spiraea bella et devenu ce 15 mai 2009:


 

                                                                            Spiraea ‘Magnum Rosé’








un nom qui évite l’affrontement avec les puristes et juristes d’une appellation Champagne bien défendue et qui satisfait tout de même autant à son lieu de découverte qu’à sa physionomie de géante.
 
 





D’autres spirées à la Presle attendent d’ailleurs de découvrir les jardins du monde :

Spiraea 'Splendide Automne’                             Spiraea 'Merveille de la Presle' 



                                                                                                


 

                                                                                Spiraea 'Pyratimide’      

                                                
 













En espérant vous avoir un peu...inspirer ! !

 
                                                                           

Dominique Brochet Lanvin. Les Spirées.
Responsable de la collection nationale
du genre Spiraea.


Voici tiré de la revue du CCVS 'Hommes et plantes' ( cliquez) un condensé spirophile